Le littoral français accueille 10 % de la population nationale sur 4 % du territoire. C'est aussi un moteur économique considérable : tourisme balnéaire, pêche et aquaculture, industries maritimes, ports et logistique, activités nautiques. Cette concentration économique sur un espace étroit est directement menacée par les effets du changement climatique : montée du niveau des mers, érosion côtière accélérée, submersions marines plus fréquentes et intensives, dégradation des écosystèmes marins. La question n'est plus de savoir si ces menaces se matérialiseront mais comment les territoires côtiers peuvent adapter leurs économies pour y faire face.
L'érosion côtière est le phénomène le plus visible et le plus documenté. Le recul moyen du trait de côte en France est de l'ordre de quelques centimètres par an dans les zones les plus stables, mais peut atteindre plusieurs mètres par an dans les zones les plus exposées — côtes charentaises, normandes, celles du Languedoc. Des habitations, des commerces, des infrastructures routières et des équipements touristiques sont directement menacés à des horizons de 20 à 50 ans. Le Cerema estime que 20 % des communes littorales françaises sont confrontées à une érosion significative, et que ce phénomène va s'accélérer.
Les stratégies d'adaptation des collectivités littorales sont diverses. Certaines misent sur des protections dures — digues, enrochements, épis — pour protéger les zones urbanisées. Ces solutions sont coûteuses, efficaces à court terme, mais posent des problèmes en aval : elles accélèrent l'érosion des plages voisines et ne font que reporter le problème dans le temps à mesure que le niveau des mers monte. D'autres collectivités font le choix courageux mais politiquement difficile du "recul stratégique" : accepter de sacrifier les zones les plus exposées, décourager l'urbanisation nouvelle en zone à risque et, progressivement, relocaliser les habitations et activités les plus vulnérables vers l'arrière du littoral.
Le tourisme côtier, pilier de l'économie de nombreuses communes littorales, devra également s'adapter. La saisonnalité du tourisme balnéaire est déjà un problème structurel ; la dégradation des plages et la montée des températures estivales vont modifier profondément les habitudes de villégiature. Les territoires qui anticipent ces changements diversifient déjà leur offre touristique : tourisme de nature, tourisme culturel et patrimonial, oenotourisme, valorisation des cultures locales. L'enjeu est de réduire la dépendance à un tourisme purement balnéaire estival et de construire une attractivité touristique plus large et moins sensible aux aléas climatiques.
La pêche et l'aquaculture sont doublement menacées par le réchauffement : déplacement vers le nord des espèces halieutiques que les flottilles locales ne sont pas équipées pour pêcher, et dégradation des conditions d'élevage des coquillages (huîtres, moules) par l'acidification et le réchauffement des eaux. Ces évolutions menacent des secteurs qui font vivre des milliers de familles dans les communes côtières. La reconversion des pêcheurs vers d'autres activités liées à la mer — éco-tourisme marin, surveillance environnementale, installation d'énergies marines renouvelables — est une voie explorée par plusieurs programmes régionaux et européens, mais qui nécessite des formations et des investissements importants.