L'anticipation des besoins de compétences est l'une des missions les plus stratégiques des régions françaises depuis la décentralisation de la formation professionnelle. Dans un contexte de transformation accélérée du marché du travail — automatisation, transition écologique, vieillissement démographique, révolution numérique — la capacité à former les actifs aux métiers d'avenir conditionne la compétitivité économique de chaque territoire.
Les régions les plus avancées ont développé des observatoires territoriaux des compétences qui croisent données d'offres d'emploi, projections sectorielles et enquêtes auprès des entreprises pour identifier les tensions de recrutement émergentes et les filières qui vont connaître une croissance de leurs besoins. Ces observatoires permettent d'orienter les investissements en formation bien avant que les tensions ne deviennent des pénuries, ce qui suppose une capacité d'anticipation à 5-10 ans que peu de régions ont encore pleinement développée.
La Région Auvergne-Rhône-Alpes a particulièrement investi dans la formation aux métiers de l'hydrogène. Michelin, Symbio, McPhy, ENGIE : la région abrite des acteurs majeurs de la filière hydrogène qui font face à des besoins de recrutement croissants pour des profils de techniciens, d'ingénieurs et d'opérateurs formés aux spécificités de cette énergie. Des formations courtes et des licences professionnelles ont été créées en partenariat avec ces entreprises, dans des lycées professionnels et des IUT qui ont adapté leurs équipements pédagogiques aux exigences de la filière.
La Bretagne s'est positionnée sur la cybersécurité, en cohérence avec la présence sur son territoire de grandes bases militaires, d'entreprises de défense et de centres de recherche spécialisés. Des formations du CAP au niveau master ont été structurées autour de ce thème, avec des stages et des apprentissages dans les entreprises locales de la filière. Cette concentration géographique de compétences et d'entreprises sur un sujet spécifique crée un cluster régional dont la réputation dépasse les frontières nationales.
La Normandie a fait de la rénovation thermique des bâtiments une priorité de formation, en cohérence avec le vieillissement du bâti régional et les obligations réglementaires croissantes. Les lycées professionnels du bâtiment ont été équipés de maisons témoins qui permettent aux élèves d'apprendre les techniques de pose d'isolants, d'installation de pompes à chaleur et de systèmes de ventilation sur des supports réels. Des formations courtes pour la reconversion des plâtriers, maçons et couvreurs vers les métiers de la rénovation énergétique permettent de mobiliser rapidement des professionnels expérimentés du bâtiment vers ces nouveaux débouchés.
La principale difficulté reste la coordination entre les acteurs de la formation — Régions, État, opérateurs de compétences (OPCO), entreprises — dont les logiques institutionnelles et les calendriers sont souvent mal alignés. Les Régions qui ont réussi à créer des instances de pilotage partagées, associant toutes les parties prenantes autour d'une vision commune des besoins de compétences territoriaux, sont celles qui parviennent à déployer des réponses de formation cohérentes et efficaces.