La RSE est devenue une priorité affichée dans les stratégies des grandes entreprises françaises. Chartes signées, référents nommés, objectifs déclarés : les engagements formels se multiplient. Mais la corrélation entre ces engagements et les évolutions réelles de la représentation et de l'expérience des parties prenantes reste décevante dans de nombreuses organisations. La distance entre le discours et la pratique est le problème central des politiques RSE dans les entreprises françaises.
La RSE — dans son sens le plus exigeant — n'est pas un ensemble de programmes à piloter et de reportings à produire. C'est une façon de conduire l'activité qui intègre dans toutes les décisions opérationnelles leurs effets sur l'ensemble des parties prenantes : collaborateurs, clients, fournisseurs, communautés, environnement.
Quand une entreprise crée un service RSE, elle envoie implicitement un message à ses opérationnels : "Ce n'est plus votre problème, c'est le leur." Le directeur d'usine qui s'interrogeait sur l'impact environnemental d'une modification de processus peut désormais s'en décharger sur le chef RSE. Le message est clair : la responsabilité est localisée dans un service, pas distribuée dans l'organisation.
Les entreprises où la RSE est réellement ancrée sont celles où les critères de performance extra-financière sont intégrés dans les objectifs des opérationnels, dans les processus d'évaluation des investissements et dans les mécanismes de gouvernance. Elles peuvent avoir une fonction de coordination centrale, mais cette fonction joue un rôle d'animation et de mesure, pas de substitution à la responsabilité des directions métier.
La CSRD — la directive européenne de reporting extra-financier — va forcer cette intégration dans les grandes et moyennes entreprises. En imposant un reporting standardisé sur des dizaines d'indicateurs environnementaux et sociaux, elle oblige les organisations à mesurer systématiquement des choses qu'elles ne mesuraient pas, et donc à les gérer.
Ma conclusion est simple : ne créez pas un département RSE si c'est pour vous donner bonne conscience sans changer vos pratiques. Créez-en un si vous avez déjà intégré la responsabilité dans vos opérations et que vous avez besoin d'une fonction dédiée pour coordonner, mesurer et communiquer.