La transition énergétique est souvent présentée comme un défi économique, une menace pour les secteurs fossiles et une contrainte pour les industries intensives en énergie. Cette lecture est incomplète. Elle occulte une réalité tout aussi importante : la transition énergétique est aussi un formidable créateur d'emplois locaux, non délocalisables, dans des secteurs qui recrutent à des niveaux de tension jamais vus. Les territoires qui ont compris cela et se sont positionnés en avance récoltent aujourd'hui les fruits d'une stratégie économique clairvoyante.
La rénovation thermique des bâtiments est le secteur qui présente le plus grand potentiel de création d'emplois locaux. Isoler une maison, remplacer une chaudière au fioul par une pompe à chaleur, installer des fenêtres à triple vitrage : ce sont des travaux qui ne peuvent être réalisés qu'en présence physique, par des artisans qui connaissent les spécificités du bâti local, des réglementations de zonage et des conditions climatiques régionales. La France compte des millions de logements à rénover, et l'obligation progressive de performance énergétique va transformer ce potentiel en demande réelle sur les vingt prochaines années. Les territoires qui forment massivement leurs artisans du bâtiment aux techniques de rénovation énergétique se donnent un avantage économique structurel.
Le développement des énergies renouvelables crée également des emplois locaux, mais leur distribution géographique est conditionnée par les ressources naturelles. Les régions ventées du littoral et des hauteurs sont naturellement avantagées pour l'éolien. Les zones d'ensoleillement du Sud et des Pyrénées ont un avantage comparatif pour le photovoltaïque. Les territoires forestiers peuvent valoriser la biomasse. Et toutes les zones rurales peuvent accueillir des projets de méthanisation agricole qui valorisent les déchets et créent des revenus complémentaires pour les exploitations. Chacun de ces secteurs crée des emplois en installation, maintenance, gestion et développement de projets qui profitent aux économies locales.
La mobilité décarbonée est le troisième vecteur. Le développement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques, les bornes dans les zones rurales sous-équipées, l'entretien et la réparation des véhicules électriques, le développement de solutions de mobilité multimodale dans les territoires mal desservis : autant d'emplois qui ne peuvent exister qu'au plus près des utilisateurs. Les collectivités locales qui investissent dans ces infrastructures créent des effets d'entraînement économiques sur leur territoire.
La formation et la reconversion professionnelle constituent le maillon critique de toute cette dynamique. Les emplois de la transition énergétique nécessitent des compétences spécifiques que les filières de formation actuelles ne produisent pas en quantité suffisante. Les territoires qui ont mis en place des partenariats entre lycées professionnels, CFA, centres de formation d'adultes et entreprises du secteur sont ceux qui développent le plus rapidement les ressources humaines nécessaires pour capter une part de cette croissance des emplois verts. C'est un investissement dans l'avenir économique du territoire qui se mesure sur une décennie, pas sur un mandat.